Le TGV qui s'est retiré de la gare de Strasbourg le matin du 26 mars a marqué l'histoire de la France, mais pas pour la vitesse. À bord se trouvaient 20 patients sur des appareils de survie, transférés sur des lits montés sur les sièges passagers, quatre dans une voiture. Leur voyage en train les a emmenés de l'est de la France, la région d'abord submergée par Covid-19, aux unités de soins intensifs de Nantes, Angers et d'autres villes de l'ouest. Le 1er avril, les TGV convertis avaient transféré des dizaines de patients de l'Est, et de plus en plus de Paris également. C'est la première fois que la France mobilise ses trains à grande vitesse pour le transport en soins intensifs, dans le cadre d'un effort national pour soulager les hôpitaux régionaux surchargés aux prises avec la pandémie.

Au 1er avril, la France avait enregistré 57 763 cas de covid-19 et 4 043 décès. Sa trajectoire est moins terrible que celle de l'Italie ou de l'Espagne, mais les décès sont bien plus élevés qu'en Allemagne. Alors que le pays se préparait au pire, le gouvernement a prolongé son verrouillage jusqu'au 15 avril et a averti les Français: « Nous allons vivre un moment très difficile, très tendu, très brutal ». La France a une longue histoire de gouvernement central, et une puissante machine administrative pour le faire respecter, remontant à l'époque de Napoléon, et en partie aux rois avant lui. La crise révèle les avantages d'un tel système, mais aussi ses limites.

Se mobiliser contre une pandémie - l'approche napoléonienne de la France à l'égard de covid-19

L'ancien réflexe dirigiste français peut être vu derrière la répartition géographique rapide des patients en soins intensifs qui a commencé le 18 mars. Le département du Haut-Rhin a vu un premier groupe de cas, centré sur un rassemblement évangélique de cinq jours à Mulhouse. Le 17 mars, lorsque le président Emmanuel Macron a mis le pays dans son ensemble, les unités de soins intensifs étaient déjà submergées. Il s'est avéré que la SNCF, les chemins de fer publics, avait testé l'année dernière la conversion de trains de voyageurs ordinaires en transports médicaux lors d'un exercice de planification en cas de catastrophe. Désormais, les TGV font partie d'un système national de réallocation qui implique également les forces armées. L'armée de l'air a transporté des patients sous assistance respiratoire de l'est de la France vers des hôpitaux de Bretagne, Bordeaux et Marseille, tandis qu'un navire de>

La structure administrative de la France lui a également permis d’imposer et de faire respecter l’enfermement sans vergogne. Le lendemain de l'annonce du verrouillage, la bureaucratie centrale avait, naturellement, établi un nouveau formulaire que chaque individu devait signer pour justifier tout déplacement hors du domicile. Des policiers et des gendarmes, qui patrouillent dans les rues presque vides, les parcs et les plages, ont depuis effectué un contrôle stupéfiant de 5,8 millions de ces documents et infligé 359 000 amendes. Il n’ya guère eu de murmure à ce sujet, ni à la loi du gouvernement sur l’état d’urgence sanitaire qui, entre autres, lui donne le pouvoir de contrôler les prix de certains produits et de réquisitionner les stocks. Les vieilles habitudes ont la vie dure.

L'urgence utilise également les lignes de commande existantes d'une bureaucratie centralisée. Parmi ses mesures de soutien aux travailleurs et aux entreprises, Bruno Le Maire, le ministre des Finances, a inclus un régime de « chômage partiel » pour aider les entreprises à éviter les licenciements, en vertu duquel l’État paie 84% du salaire des employés. Malgré les premières rides, il couvre déjà 3,6 millions d’employés. En effet, les Français semblent renouer avec enthousiasme avec leur intérieur Jean-Baptiste Colbert, ministre des Finances de Louis XIV. Lors d'une visite dans une usine de masques médicaux le 31 mars, M. Macron a déclaré que « le lendemain ne ressemblera plus aux jours précédents » et qu'il était désormais crucial « de produire plus en France ». Même l'élite parisienne chaleureuse et mal aimée, qui se réunit généralement autour d'un dîner dans des salons au parquet, est devenue un réseau pratique, car les patrons des entreprises de luxe et des fabricants de pièces automobiles transfèrent les usines à l'effort de santé.

Pourtant, à d'autres égards, la France découvre également les lacunes d'un tel système. La première est que les décisions prises au niveau central peuvent être erronées. Prenez la pénurie de masques. En 2012, grâce à la planification en cas de catastrophe, la France disposait d'un stock de 1,4 milliard de masques médicaux. Au moment où la crise du Covid-19 a commencé, cependant, ce stock n'était plus que de 140 millions. La raison en était un changement de stratégie, qui s'est avéré défectueux, de s'appuyer plutôt sur des contrats pour importer rapidement de Chine et d'ailleurs.

Un autre est qu'il peut entraver l'initiative locale. À côté de l'Allemagne, par exemple, les Français accusent un retard dans les tests. Le système de santé décentralisé de l'Allemagne semble avoir contribué à encourager le développement rapide des tests dans différents laboratoires du pays, ainsi que leur utilisation précoce. « La question napoléonienne est vraiment importante », explique François Heisbourg, de la Fondation pour la recherche stratégique, qui a participé à la planification des catastrophes en France il y a 15 ans: « Lors des tests, nous avons vu un beau système centralisé échouer abjectement. »

De plus, une administration centralisée repose sur un haut niveau de confiance, car il existe peu de sources d'autorité alternatives. Pourtant, la confiance du public requiert également de la patience, qui est difficile à gérer en cas d'urgence. Cela a été clair lors d'une dispute sur l'utilisation de la chloroquine pour traiter la covid-19, préconisée par Didier Raoult, microbiologiste à Marseille. Même si l'autorité sanitaire centrale française a exprimé des doutes, de longues files d'attente sont apparues sur le trottoir devant sa clinique. Olivier Véran, le ministre de la Santé, a initialement respecté le protocole en annonçant que la chloroquine ne serait pas approuvée avant de subir des tests cliniques complets. Alors que l'impatience du public montait, le 26 mars, il a décidé d'autoriser son utilisation pour les patients de Covid-19 dans certaines circonstances de toute façon.

C'est un moment qui donne à réfléchir pour un pays doté d'un système de santé de première>

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Cet article est paru dans la section Europe de l'édition imprimée sous le titre « La nouvelle guerre »

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