En avril, la République démocratique du Congo (RDC) était au bord de la bonne nouvelle, annonçant la fin de sa dixième (et deuxième deuxième) épidémie d'Ebola au monde. Malheureusement, depuis le 10 avril, de nouveaux cas d'Ebola ont été signalés à Beni, l'épicentre de l'épidémie d'Ebola. Bien que la RDC ait longtemps lutté contre les troubles politiques, les conflits armés, la pauvreté et les maladies infectieuses, elle doit rester déterminée à mettre fin à la crise d'Ebola tout en appliquant les enseignements tirés de la lutte contre ce vieil ennemi viral pour en combattre un nouveau: le syndrome respiratoire aigu sévère –Coronavirus 2 (SARS-CoV-2), la cause de la maladie à coronavirus 2019 (COVID-19).

Les cas signalés de COVID-19 en RDC à ce jour (442 cas, 28 décès) sont probablement sous-estimés étant donné le manque de dépistage dans un pays dont le système de santé fragile dessert 89 millions de personnes. La perception de l'impact du COVID-19 parmi les Congolais de la RDC est susceptible d'être éclipsée par leur expérience avec le virus Ebola plus mortel (2279 décès parmi 3461 infectés depuis août 2018). Étant donné que moins de 5% du réseau routier de 59 000 km de la RDC sont utilisables, l'expansion de COVID-19 dans les provinces rurales pourrait être lente. Mais une fois que COVID-19 aura pris pied en RDC, son élimination pourrait prendre beaucoup plus de temps.

Une leçon majeure tirée de la réponse de la RDC à Ebola est que la méfiance des gens envers les autorités et les étrangers peut retarder les réponses à la maladie. Le braconnage illégal et le commerce du bois d'œuvre, l'exploitation minière et les déplacements de population liés à la guerre dans les forêts tropicales du Congo ont probablement endommagé la forêt de manière à accroître les contacts entre les personnes et les réservoirs d'animaux du virus Ebola. Les Congolais se méfient de plus en plus des autorités et des autres qui dépouillent les ressources et attisent la corruption, la violence et la pauvreté. Les agents de santé ont dû établir une confiance locale grâce à une communication claire et transparente sur la maladie et les traitements. Finalement, les Congolais étaient ouverts à une campagne de vaccination et à d'autres mesures qui ont permis de maîtriser l'épidémie actuelle.

Mais il y a un air d'optimisme dans et autour de la RDC. La campagne presque réussie contre Ebola, la première transition démocratique pacifique du pouvoir en 2019, la croissance économique au cours des 2 dernières années et les réformes anticorruption visant les individus et les industries ont été des changements positifs pour la nation. Le nouveau gouvernement doit lancer une réponse ferme à COVID-19 sans compromettre la dernière étape de la réponse Ebola. En effet, le système développé pour gérer Ebola est désormais absorbé par la task force COVID-19.

Comment cela peut-il être accompli ? Les partenariats public-privé tels que le fonds de promotion des investissements de la RDC peuvent moderniser les laboratoires et les centres de test et payer les kits de test. Les programmes existants financés au niveau international, tels que ceux de la Banque mondiale, de la Banque africaine de développement et de l'Organisation mondiale de la santé, pourraient être mis à profit jusqu'à ce que des fonds COVID-19 supplémentaires puissent être obtenus. Le mois dernier, le gouvernement a annoncé un nouveau Fonds national de solidarité contre COVID-19 qui comprend une représentation par le secteur religieux, une étape bienvenue qui devrait être reproduite pour d'autres épidémies. Des postes de lavage des mains doivent être créés et l'importance de se couvrir le visage doit être communiquée par les autorités et les agents de santé. Seuls 4% des 11 millions d'habitants de Kinshasa suivent cette dernière recommandation. Les experts en recherche de contacts Ebola de la RDC et les diplômés en épidémiologie de terrain peuvent former des étudiants universitaires volontaires pour effectuer la recherche de contacts COVID-19. De même, la capacité de pointe peut être développée grâce à une formation intensive des diplômés des écoles de médecine (> 2000 / an), infirmières (> 7000 / an) et de laboratoire technique pour stimuler les tests et trier les patients. Il faudrait envisager d'augmenter la capacité de lits temporaires pour isoler les malades (dans les bâtiments scolaires et universitaires).

Le gouvernement de la RDC doit également s'attaquer aux difficultés économiques induites par la pandémie, c'est-à-dire la perte de salaires quotidiens pour 73% de la population qui survit avec moins de 1,90 $ par jour, alors que les entreprises, l'agriculture et d'autres moyens de subsistance commencent à fermer. Des banques alimentaires du secteur privé ont vu le jour, mais elles devraient être soutenues par l'engagement du gouvernement avec le secteur privé et le Programme alimentaire mondial des Nations Unies. La Mission de l'Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO) et l'infrastructure de défense de la RDC peuvent conjointement aider à faciliter la distribution.

Des jours difficiles sont à venir pour la RDC dans sa lutte contre Ebola et COVID-19, en plus de la rougeole, du paludisme et du choléra. C'est le moment de l'unité nationale, de l'optimisme et des partenariats avec la communauté mondiale pour faire face de front aux menaces de maladies.